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...La rencontre avec les tortues Luth... |
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... Emotion, alors je vous raconte. Ce jour là , nous louons une voiture afin d' aller voir cette nuit, des mastodontes, les tortues luth. Les grandes plages de la côte Atlantique de l' Ile de Trinidad sont très accueillantes pour ces tortues. Nous allons à Port- of- Spain, la capitale, demander un « laissé passer » délivré par le Ministère de l'Agriculture et des Ressources Maritimes. En effet, nous avons besoin de ce papier pour ensuite prendre un guide affilié au ministère. Les plages sont très surveillées pendant la période de ponte, de Mars à Juillet. Et tant mieux. Nous voici de l' autre coté de l' île, après 2 heures de route. Notre village: Matura. On nous avait dit au ministère de demander Untel, derrière l' école, à coté du dépôt de gaz, sur le chemin qui mène ... |
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Après avoir tourné et retourné, nous trouvons enfin la maison de notre guide. Et zut!, il n' est pas là , mais que diable, sa cousine Dipa, guide elle aussi, nous accompagnera. Il est 19h, nous n' avons qu' à aller manger quelque chose et revenir vers 21h. Aux Antilles, du Nord au Sud, on ne dit jamais non, on donne des heures très précises et... on verra! Nous allons au village d' à coté, un peu plus important, le bien nommé Sangre- Grande. Ca met tout de suite dans l' ambiance, car il fait déjà nuit, bien sur, même à 19h, même au printemps. Nous mangeons dans un petit lolo chinois comme on en trouve partout ici. A 21h tapantes, en bons occidentaux , nous sommes au rendez- vous. Les gens nous regardent, les enfants piaillent et rigolent, la nuit attend que la lune se lève. Car pour avoir plus de chance de voir des tortues pondre, il vaut mieux y aller à la presque pleine lune. Enfin, après une bonne demi- heure d' attente, voici notre guide, une jeune femme tout sourire et charmante. Elle monte dans notre voiture et nous voici partis dans la nuit encore très noire. La forêt tropicale que nous traversons est très dense, proche et nous enferme. Drôle d' impression. La piste est droite. Pas de lumières sur le bord des pistes. De temps en temps des cases à peine éclairées donnent un semblant de vie à ce lieu étrange. La nuit est faite de bruissements, de froissements, de cris d' animaux connus ou inconnus Grésillements, croassements, chuchotements, grognements, appels stridents d' animaux invisibles... Mystère. Soudain, surgissant du bout de nulle part, une vieille femme... Ses pas sont rapides, et ses pieds nus adhèrent parfaitement à la piste caillouteuse. Elle marche très droite, avec cette allure fière qu' ont les femmes qui portent des charges sur leur tête. Où va- t- elle, et d' où vient- elle? |
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Les phares de la voiture font une trouée étroite dans la forêt. Il faut tourner à droite, à gauche, encore à gauche. Notre guide déciderait de nous abandonner là , et bien... nous resterions ...là . Soudain, imperceptible, nous parvient le bruit de l' océan. Ouf! Sauvés! Au moins, on peut se repérer à un bruit connu. La piste devient plus étroite. Les arbres deviennent cocotiers. Le sable prend de plus en plus de place. Nous n' avons pas rencontré de « sérial killer », et je n' écrirai pas de roman policier ce soir! Et nous voici après peut- être une heure de route, devant une grande plage, bordée des incontournables cocotiers. Et la lune, lumineuse se lève, ronde et nacrée, presque pleine. Nos ombres de lune sont gigantesques sur le sable. La mer scintille. Et nous partons. A droite, à gauche? Ben c' est pareil! Et bien non, Dipa nous dit: « Allons plutôt sur notre droite ». Elle a son talki- walki à la main afin de communiquer avec les gardes qui surveillent les plages toutes les nuits. Et nous marchons. Nous marchons sous la lune, peut- être deux, trois kilomètres. L' air est divinement doux et la mer sent bon. « Regardez, là - bas, un gros corps, une tortue ». Sûr, c' est une tortue, je la vois. Nous ralentissons, j' ai le coeur qui tape. Je la vois, je regarde Dipa qui sourit: « Mais non, c' est un morceau de tronc d' arbre ». Bon, je suis déçue, mais sur mes gardes. Une minute après, « stop... doucement... arrêtons nous, puis marchons doucement » nous dit notre guide. |
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Et nous la voyons, et nous la regardons. Notre première tortue. Elle monte sur la plage, lourde, maladroite et lente. La lune est un instant cachée par un cortège de nuages qui passe vite, parcequ' il y a du vent. La voici notre première tortue luth. Malheur! quel animal. Nous saurons plus tard qu' elle pèse près de 800 kilos, vous lisez bien, 800 kilos.Elle mesure de la tête à la queue plus ou moins 2, 50m Elle a du mal à se mouvoir sur le sable, elle avance péniblement. On peut s' approcher. Elle ne s' occupe pas de nous tellement elle est absorbée dans la confection de sa place à la maternité. Elle creuse un trou très adroitement avec ses énormes nageoires. On dirait des grosses pelles et le sable gicle haut et loin. Après une demi- heure de cet incroyable travail, elle s' insatalle en se calant bien au dessus du trou. Et elle pond. Elle pond des oeufs qui ressemblent à des oeufs durs sans la coquille. Elle pond jusqu' à 120 oeufs en une demi- heure. Dipa me dit que je peux m' approcher d' elle, même la toucher. J' ai l' impression d' assister à l' accouchement d' une femme. Je touche sa peau douce, grise et épaisse. Elle pleure, car ses yeux à terre, ont un système de lubrification qui se déclanche, qu' elle possède naturellement sous la mer.. Elle souffle. Je caresse sa grosse tête, et c' est un moment d' émotion intense. Je m' éloigne doucement. Elle a terminé, il ne faut plus la déranger. Elle rebouche son nid consciencieusement. La nature sort sa baguette magique. Les oeufs pondus les premiers, dans le plus profond du trou humide, seront des garçons, et les plus proches de la sortie, seront des filles. Et pourquoi, me direz- vous. Parce que c' est comme ça, et parce que la nature sait. |
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Le trou rebouché, notre mastodonte semble si fatiguée. Mais elle n' a pas fini son travail. Il lui faut cacher son nid, et tout autour, au prix de milles efforts, elle va faire des faux nids, afin de tromper les prédateurs. Une fois tout cela terminé, elle va repartir dans la mer, et dès qu' elle touche l' eau, elle redevient sirène, élégante et légère. La lune éclaire sa grosse tête, et puis plus rien. Nous avons rêvé? Peut- être... Mais je sais bien que non, car, plus loin arrive une autre tortue, qui va faire le même travail.Je ne sais pas pourquoi, j' ai envie de pleurer. Nous marchons en silence. Nous ne voulons pas rentrer, pas encore. Il est bientôt 2h du matin. Nous croisons un garde qui nous signale plus loin deux scientifiques américains qui surveillent un nid où les oeufs vont éclore après deux mois de profondeur de sable chaud. Nous nous approchons doucement et les saluons. Ils nous expliquent à voix basse leur attente, leur travail. Et le miracle se produit. Les oeufs éclosent les uns après les autres des profondeurs du sable. Des petites tortues luth apparaissent, longues de 6 ou 8 centimètres, et pèsent... si peu, si peu. Elles s' éparpillent dans tous les sens, mais de toute façon vers la mer. “ Mon instinct me dit... “ |
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Peu s' en sortiront. Il y a les chiens, les grandes frégates, les requins, les barracudas, les hommes... 1% peut- être nous dit notre guide, arriveront à l' âge adulte. Elles resteront dans le grand océan à jouer avec les courants froids et chauds, qui leur feront faire des milliers de kilomètres. Elles ne reviendront à terre que pour pondre, et écoutez bien, elles reviendront pondre à l' endroit exact où elles sont nées. J'ai entendu dire que les tortues luth étaient en complète voix de disparition. Ces instants resteront pour nous magiques entre tous. Longtemps après, j' ai rêvé de lune blanche et ronde, de mer et de tortues majestueuses. |
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